CONTEXTE POLITIQUE AU PAYS BASQUE

 

Tel que mentionné ci-dessus, la situation structurelle actuelle nous empêche de construire et de développer les piliers nécessaires pour nous constituer comme nation. Dans une telle situation, la stratégie menée par les États est décisive, avec l'application de nouvelles mesures dans le cadre de l'offensive constante à laquelle nous sommes soumis. Il s'agit des clés qui permettent de comprendre les nombreuses mesures et restrictions adoptées ces derniers mois, dans différents domaines :

- L'imposition du drapeau espagnol dans de nombreuses institutions, telles que les Mairies de Bilbao, Donostia, Durango... Et de nouvelles mesures sont d'ores et déjà prévues pour son implantation généralisée.

- Les nouvelles données, fournies par la récente Enquête Sociolinguistique de 2006, confirment l'inacceptable rythme de normalisation de l'euskara, en particulier au Lapurdi, Behe Nafarroa et Zuberoa, et montrent que, sans un statut adéquat pour l'euskara, d'un corpus juridique et d'une politique linguistique efficace, il s'avère impossible d'atteindre la normalisation de notre langue.

Par ailleurs, on constate que le bruit soulevé autour d'une éventuelle modification de la Constitution française n'a entraîné aucun changement. Tout se limite finalement à un débat stérile, qui s'inscrit dans la stratégie visant à annuler les revendications des diverses nations et à ignorer les recommandations internationales adressées au gouvernement français.

- Et l'imposition des systèmes éducatifs basés sur la violation des droits éducatifs de la citoyenneté basque se poursuit (programmes étrangers, Selectividad/Baccalauréat, modèle universitaire étranger...). De même que la tendance à perpétuer la situation actuelle (modèles qui ne servent pas à euskalduniser, modèles de financement qui prolongent le débat entre le domaine public et privé...). En définitive, les progrès atteints en tant que peuple se heurtent maintenant aux nouvelles mesures adoptées, qui visent à renforcer l'actuel système éducatif.

-          Les interdictions destinées à empêcher la participation du Pays Basque aux compétitions sportives internationales. Une prohibition qui s'est étendue aux quelques modalités sportives qui ont eu la possibilité de participer à des compétitions internationales.

-  L'imposition de divers projets liés au modèle social et au territoire, avec la négation à la citoyenneté de donner son opinion et de décider en la matière. Et on ne peut que constater la considérable augmentation de la criminalisation des revendications sociales et de travail.

- Les mesures qui conditionnent gravement l'avenir du secteur primaire, parmi lesquelles notamment les poursuites engagées contre Laborantza Ganbara et le procès prévu.

- Les mesures contre les politiques fiscales en Araba, Bizkaia, Gipuzkoa et Nafarroa Garaia.

- L'acharnement contre la revendication des droits de la femme, dont témoignent les incidents du 8 mars en Nafarroa Garaia.

Nous constatons que, à l'abri de l'actuel cadre juridico-politique, de nouvelles mesures sont imposées dans des domaines et des secteurs qui sont stratégiques pour la survie et le développement du Pays Basque. Ce qui ne fait que renforcer la pratique d'affaiblir notre identité nationale, d'accroître la division territoriale et d'empêcher le développement du Pays Basque.

Dans une telle situation, des milliers d'hommes et de femmes et des centaines d'acteurs du Pays Basque s'efforcent, par leur travail de construction, de surmonter cette situation structurelle, afin d'atteindre la structuration et la souveraineté de notre peuple. Les exemples sont nombreux :

- Les efforts pour relancer Udalbiltza (Assemblée de Communes et d'Élus).

- Les initiatives citoyennes et les mobilisations en faveur de l'ikurriña (drapeau basque).

- Les importants pas en avant vers la construction de l'Euskal Unibertsitatea (Université Basque), parmi lesquels notamment la mise en œuvre de la Fondation chargée d'impulser la création de ce projet d'importance stratégique pour le Pays Basque.

- Les progrès atteints dans la définition de l'Euskal Curriculuma (Curriculum Basque) et la présentation publique de ce projet.

- Le rassemblement de forces autour de la revendication des sélections sportives basques, avec la manifestation massive qui a eu lieu en décembre dernier. Sans oublier l'importante contribution des joueurs de football basque, qui ont souscrit un texte signé par plus de 150 sportifs, déclarant leur intention de jouer sous la dénomination d'Euskal Herria et de continuer à avancer fermement pour l'obtention de sélections officielles.

- Le développement de nouvelles pratiques de débat national, comme instrument efficace pour surmonter la division territoriale, dont notamment les contacts et dynamiques visant à encourager le développement du Zuberoa, ainsi que la dynamique d'auzolan national, qui a permis de récupérer la ferme et d'assurer ainsi son avenir.

- Les nombreuses initiatives sociales contre l'imposition de différents projets et modèles sociaux, tels que les campagnes contre les stations d'incinération des déchets et le TGV. Dans ce sens, il faut souligner les consultations populaires organisées dans différentes communes, afin de connaître l'opinion des citoyens.

- La définition de la Charte des Droits des Femmes du Pays Basque.

- ...

Tous ces exemples illustrent l'affrontement existant entre les États espagnol et français et le Pays Basque et montrent à quel point cette tentative acharnée de diluer le Pays Basque à l'intérieur de leur modèle d'État s'avère néfaste. Mais ces exemples montrent également l'existence d'une nation qui refuse de renoncer à ses droits. La tâche de construction et les différentes revendications de notre peuple visent à faire changer la situation, avec le soutien des secteurs populaires et de la citoyenneté en faveur de la reconnaissance du Pays Basque comme nation et de la jouissance de tous nos droits.

Tous les facteurs susmentionnés s'inscrivent dans le contexte politique actuel du Pays Basque. Le précédent Débat National avait déjà mis en relief les piliers fondamentaux pour le changement politique nécessaire, qui nous permettront d'avancer vers la souveraineté et qui sont les suivants:

  • Reconnaissance nationale du Pays Basque.
  • Garantie des droits collectifs et individuels.
  • Territorialité, Zazpiak Bat (les Sept Provinces font Une).
  • Droit d'autodétermination et droit de décision.

Du point de vue de la survie et du développement du Pays Basque, un changement du cadre politico-juridique actuel s'avère nécessaire, comprenant tous les droits mentionnés ci-dessus. Car, tel que déjà mis en évidence, c'est la violation de ces derniers qui est la cause de l'actuelle situation d'oppression structurelle que vit notre pays.

À la suite de la rupture du processus de dialogue et de négociation, nous avons assisté, tout au long de l'année dernière, à un changement substantiel de la conjoncture politique, provoquant une aggravation de la situation d'affrontement, qui caractérise le contexte politique actuel et qui se prolongera vraisemblablement dans les prochains mois.

 

Violation des droits et changement politique

On constate, par conséquent, qu'un saut qualitatif a été fait en matière de violation des droits par les deux États, avec l'arrestation et l'emprisonnement de membres de Batasuna, les nombreuses mesures visant à approfondir la voie de l'illégalisation de diverses organisations, les macro-procès et les prochains jugements et emprisonnements prévus à court terme (18/98, Movimiento pro Amnistía, Udalbiltza, Euskaldunon Egunkaria, procès intenté contre Laborantza Ganbera), la recrudescence de la torture, les nouvelles mesures contre les prisonniers politiques basques (prison à perpétuité, situation des malades graves...). C'est précisément en 2003, année de fondation du Forum de Débat National, que l'on commençait à avoir connaissance de toutes ces violations des droits et c'est la préoccupation face à une telle situation qui nous a poussés à rassembler nos efforts et à cumuler nos forces en faveur de la survie et du développement du Pays Basque et à agir en tant que nation. Mais depuis, la répression n'a cessé d'augmenter et nous assistons, avec grande préoccupation, à une escalade de mesures d'interdiction et de répression, mises en œuvre contre toute initiative visant la défense de la construction nationale du Pays Basque. Les deux États, l'espagnol en particulier, ont mis en place une stratégie inédite, qui prétend annihiler notre peuple.

Dans le cadre de cette situation d'affrontement, il faut mentionner l'augmentation de l'activité armée de l'organisation ETA, avec un impact évident sur la conjoncture politique.

Cette grave situation, qui nous préoccupe tant, est liée au conflit politique, qui s'est accentué l'automne dernier, face aux deux options fondamentales en jeu : nous maintenir dans l'actuel système juridico-politique ou impulser un changement de cadre pour la reconnaissance nationale du Pays Basque. Ce dernier étant la clé fondamentale du dialogue et de la négociation et le principal axe qui a servi de base aux différents mouvements qui se sont manifestés tout au long de l'année, car la stratégie de répression déployée vise uniquement à renforcer l'actuel cadre juridico-politique.

 

Position des États à l'égard du Pays Basque

Pour ce faire, l'État espagnol refuse de reconnaître le Pays Basque comme nation et refuse de nous accorder le droit de décider notre avenir, en adoptant de nouvelles mesures répressives, afin d'affaiblir les secteurs susceptibles d'impulser un changement dans notre pays. Les faits montrent que l'État ne prétend nullement modifier l'actuel cadre juridico-politique et qu'il n'a pas la volonté d'amorcer un processus quelconque basé sur l'autodétermination et la territorialité du Pays Basque. Au lieu de respecter la volonté et la décision du Pays Basque, il s'acharne à entraver et à nier nos droits, dont témoigne clairement l'interdiction de la tentative de consultation impulsée par le Parlement de la Communauté Autonome Basque. Ainsi, dans son souci de renforcer son modèle étatique, l'État espagnol adopte des mesures de grande transcendance, renforçant la voie répressive appliquée au Pays Basque depuis plusieurs décennies. Toute une série de mesures répressives qui s'acharnent à empêcher toute possibilité de souveraineté pour le Pays Basque.

Tout en reconnaissant la diversité d'opinions autour du projet de consultation impulsé par le Gouvernement de la Communauté Autonome Basque, on ne peut que constater l'impossibilité d'avancer dans l'actuel cadre juridico-politique. Ce projet a compté sur le soutien de quatre partis, mais il a été rejeté par les pouvoirs espagnols, qui considèrent que la souveraineté réside dans l'État. Aucun pas important n'a ainsi été fait pour le développement du projet. Malgré le riche débat suscité autour du droit de décider, le projet a été paralysé. En outre, le débat et l'initiative ont été limités aux trois territoires de la Communauté Autonome Basque, dénaturant ainsi son caractère politique ainsi que le sujet de décision.

Quant à Nafarroa Garaia, ces derniers mois ont mis en évidence qu'il s'agit d'une question d'État et, au-delà d'un changement de gouvernement, on ne peut que constater les manœuvres réalisées pour empêcher la modification de l'actuel statut juridico-politique. Et c'est là que convergent les intérêts d'UPN et du PSN, par le bais des divers accords souscrits entre ces deux partis, dont l'objectif stratégique est d'entraver le changement politique que l'on souhaite impulser au Pays Basque.

L'État français, pour sa part, continue à nier l'existence du Pays Basque et à ne pas tenir compte des exigences de changement de plus en plus fortes au Lapurdi, Behe Nafarroa et Zuberoa. Les mesures tendant à affaiblir les différents secteurs populaires témoignent de cette stratégie, qui vise à empêcher toute tentative de reconnaissance institutionnelle des trois territoires et à perpétuer l'actuel modèle répressif, comme dans le passé. Avec l'objectif principal d'accroître l'assimilation et de freiner l'expansion des revendications et le rassemblement de forces en faveur de la reconnaissance du pays Basque.

Malgré cette stratégie, il faut mentionner les nouvelles conditions surgies au sein du mouvement abertzale en Iparralde: D'une part, des progrès ont été réalisés pour situer la reconnaissance politique et institutionnelle du pays Basque au centre de l'initiative politique ; d'autre part, l'action positive face aux différentes démarches adoptées par l'État, dont témoignent les diverses mobilisations et initiatives menées.

Les deux États s'acharnent cependant à empêcher une transition qui ouvrirait un nouveau cycle politique au Pays Basque, en entravant la voie juridique et politique qui nous permettrait de passer de l'actuel système juridique et politique à un autre reconnaissant et garantissant les droits du Pays Basque. Des nouvelles mesures et initiatives sont ainsi adoptées, visant à accentuer la division territoriale de notre peuple.

 

Rappel de la situation internationale

Le conflit politique qui oppose ces deux États et le Pays Basque affecte également l'Europe, en plein débat au sujet de l'articulation de l'Union Européenne, avec l'apparition de différents processus d'émancipation, la création de nouveaux États et l'affermissement de différentes revendications nationales, qui permettraient d'envisager la possibilité pour le Pays Basque de devenir une nation souveraine au sein de l'Europe.

Ces dernières années, on a vu se développer divers processus dans différentes régions du monde, certains toujours en cours, comme notamment en Écosse. Le référendum sur l'indépendance, annoncé pour 2010, serait une référence positive pour le Pays Basque car, malgré nos différences, nous devons apprendre de ce type d'expériences.

 

Forces en faveur du changement politique au pays Basque

Toutes ces caractéristiques ont défini les principaux évènements depuis le dernier Débat National: l'Aberri Eguna, les élections au Cortes espagnoles (États Généraux), les élections municipales et cantonales, le débat autour de la consultation populaire...

Sans oublier les différentes initiatives impulsées dans les derniers mois : voies pour approfondir la coopération entre la citoyenneté abertzale, telles que notamment celles offertes par l'Aberri Eguna et la célébration de la Nazio Plaza, ainsi que le rassemblement des forces dans les situations graves ; la coalition électorale EH Bai et les résultats obtenus ; l'appel lancé par Maltzaga ; les premières initiatives à l'occasion du 500ème anniversaire de l'usurpation de la souveraineté en Nafarroa, autour de l'initiative 1512-2012...

Quoi qu'il en soit, le débat politique du Pays Basque se situe autour des clés pour le changement politique, avec l'accroissement des soutiens à la souveraineté. Actuellement, les forces abertzales nous n'avons pas encore atteint le consensus suffisant pour situer le pays Basque dans un nouveau scénario, malgré les amples secteurs qui défendent un nouveau cadre juridico-politique pour notre peuple, considérant que l'actuel est épuisé. On ne compte pas, aujourd'hui, sur le consensus nécessaire pour approfondir cette voie comme nation. Le mouvement abertzale doit s'efforcer de trouver un chemin commun, en soupesant les risques et les opportunités existantes, afin de pouvoir atteindre les progrès politiques indispensables pour l'articulation d'un cadre favorisant le changement politique au Pays Basque et la création d'un nouveau.

 

La variable de la conjoncture économique

Dans cette analyse de la situation, on ne peut ignorer le facteur de la crise économique. L'actuelle situation socio-économique, qui touche le monde entier, a également son incidence dans notre peuple. Par conséquent, au vu de la situation et compte tenu des mesures actuellement adoptées, nous devons être très attentifs aux éventuelles violations qui pourraient se produire dans le domaine des droits sociaux, dont les premières conséquences commencent à se faire sentir : augmentation du chômage, situation des travailleurs dans certaines entreprises, aggravation de la pauvreté ... Nous ne pouvons ignorer les conséquences que cela entraîne pour les travailleurs et travailleuses. Les principales décisions adoptées, tant sur le plan mondial qu'au pays Basque, sont contraires aux intérêts de la citoyenneté et des travailleurs : des milliers et des milliers d'Euros et de Dollars sont investis dans le renforcement de l'actuel système, ainsi que dans les banques et les entreprises qui l'intègrent. Une situation qui met en évidence la nécessité pour le Pays Basque, en tant que nation, de jouir de souveraineté économique, afin de pouvoir affronter l'actuelle conjoncture socio-économique et pouvoir développer notre propre modèle social et économique.

Le Pays Basque se trouve dans un carrefour, qui exige que tous les abertzales et les différents acteurs, les secteurs populaires et les citoyens, nous travaillions tous les jours en faveur de notre peuple, que nous analysions les questions encore en suspens, afin de continuer à avancer comme nation. Nous devons procéder à une réflexion profonde sur la situation actuelle et fixer la Stratégie Nationale nécessaire pour rassembler toutes nos forces et pouvoir jouir, dans les prochaines années, de tous nos droits comme nation.

 

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